Cameroun – Eséka un an après





A cause de l’effondrement d’une buse sur l’axe routier qui relie les Yaoundé à Douala, beaucoup d’usagers se sont rabattus sur le rail et les billets se sont arrachés et beaucoup de personnes n’avaient même pas de place assise… D’après un de mes amis, dans le train ce jour là, les wagons qui avaient été rajouté suite à l’influence des voyageurs avaient des vitres en plastique. Lorsque le train démarre, beaucoup de personnes préviennent leurs familles de leur retard puis plus rien !  Il est alors 12h45 lorsque l’intercités de la Camrail aborde une légère pente descendante d’une longueur de sept kilomètres. Une courbe se présente alors que le compteur de la vitesse indique 96 kilomètres par heure. Depuis 2014, les autorités ferroviaires y ont pourtant limité la circulation des trains à 40 kilomètres par heure, pour un mauvais état de la voie et on se demande pourquoi 2014 la voie n’a pas été réparé ! 

Ce 21 octobre 2016, Mathias Lewis Yedna, le mécanicien du train n’arrive pas à réduire la vitesse de sa locomotive. Surchargé, handicapé par des défaillances que présentait le convoi. Le conducteur du train avait mis en garde le système de freinage qui ont été mises au jour par la suite par le rapport d’un expert ferroviaire ! Et puis le ministre lui même a dit au chauffeur de la fermer et de partir. Le convoi s’est donc emballé et à la sortie d’une première courbe, les voitures de queue se détachent et chutent violemment dans un ravin. Deux cents mètres plus loin, une deuxième courbe puis un affaissement de la voie portent un nouveau coup à l’intercités, toujours lancé à environ 80 kilomètres par heure. Onze wagons se détachent à leur tour et seuls restent sur les rails la voiture 1323, le générateur 731 et la locomotive 3007, qui finissent par s’immobiliser quelques kilomètres plus loin, après la gare d’Eseka. Bilan officiel : plus de 600 blessés et 79 morts.

Mais le bilan est bien plus lourd que cela… Certains corps n’ont même pas été retrouvé et le bilan le plus exact serait de 300 morts dont plus personne n’a de nouvelles ! Un an plus tard, ce dernier chiffre cristallise toujours les ressentiments des intimes de victimes. Parmi elles : les proches de Romuald Tedonzong et de Dorette Dissake. Comme au moins cinq autres familles, qui n’ont plus donné signe de vie depuis la catastrophe. En mai 2017, leurs avocats ont lancé une « procédure en recherche de disparus » devant le tribunal de première instance de Douala, en assignant Camrail et son actionnaire majoritaire, le groupe Bolloré. L’affaire est toujours en suspens alors que les victimes ont également saisi le ministre de l’Administration territorial et de la Décentralisation, René Emmanuel Sadi. Sans succès.

À Eseka, le bras-de-fer est lui aussi figé. L’enquête judiciaire ouverte par le paquet général du Centre a abouti au renvoi de cadres de Camrail devant le tribunal de première instance de la ville. Mais, lors de la dernière audience, le 11 octobre, ni l’ancien directeur général de la société ferroviaire, Didier Vandebon (qui a démissionné depuis), ni son successeur Michel Roussin, ne se sont présentés et les procès-verbaux de l’enquête réalisée sur la catastrophe n’ont toujours pas été versés au dossier. L’affaire a donc été renvoyée au 8 novembre prochain. « Le moins que l’on puisse observer est que, pour le moment, seuls des troisièmes couteaux écument le banc des accusés », déplore Michel Janvier Voukeng, un des avocats des familles de victimes. « Il y manque cruellement les hommes de l’affaire, puissants et connus de tous », ajoute le juriste camerounais, qui se débat depuis douze mois dans des procédures jusqu’en Europe.

En France, c’est à Créteil et à Nanterre que les conseils des victimes, également appuyés par le Comité de libération des prisonniers politiques et le Syndicat professionnel des conducteurs de train du Cameroun, sont passés à l’offensive. Ils y ont déposé des plaintes pour « tentative de meurtre », « homicide involontaire », « mise en danger d’autrui », « blessures involontaires » et « non-assistance à personne en danger », avec pour cible le groupe Bolloré et les autres actionnaires de Camrail, dont Total. Des instructions ont débuté, mais sont elles aussi au point mort, sans doute faute d’avoir reçu les procès-verbaux des enquêtes réalisées au Cameroun.

Quant à l’indemnisation des familles des victimes, celle-ci a débuté. La société Camrail a proposé des sommes d’argent et des remboursements d’objets de valeur perdus dans la catastrophe sur des bases qui restent contestées. Des mois durant, certaines familles ont même cherché à produire les factures d’ordinateurs ou de téléphones des défunts afin de récupérer des indemnités. Officiellement des accords ont été trouvés avec les proches de 36 des personnes décédées. Pourtant la société Camrail dans ses statuts précise que les victimes d’accident seront indemnisées !! 

Le salut viendra-t-il du palais d’Etoudi ? « L’État est la première victime. A-t-il renoncé à demander justice contre ceux qui ont décimé ses populations et son patrimoine ? », questionne Michel Janvier Voukeng. Yaoundé s’est engagé à verser une dotation  d’un milliard de francs CFA, soit 1,5 million d’euros, aux victimes et les conditions de la répartition de la somme doivent prochainement être rendues publiques. En outre, le 23 mai dernier, la présidence publiait le rapport de la commission d’enquête dirigée par le Premier ministre pointant Camrail, qui en a rejeté les conclusions, comme le principal responsable du déraillement.

Mais, depuis cette lueur d’espoir, les événements ne se sont guère précipités. L’avocat Thomas Dissake réclame toujours des analyses ADN sur les restes des corps retrouvés dans la catastrophe. Il espère identifier sa femme et faire, enfin, son deuil, comme il l’a expliqué à plusieurs reprises par courrier à Paul Biya. Comme lui, David Mekelm se bat pour connaître le sort de son fils, Romial Tedonzong, jeune commerçant qui revenait de Kyé-Ossi, ville de la frontière avec la Guinée équatoriale. C’était le 21 octobre un bien triste anniversaire et les familles des victimes n’arrivent pas à comprendre la lenteur que met la justice pour finaliser tous “les dossiers” mais certains diront encore : “C’est l’Afrique” !!! Paola



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