Burkina Faso – Massacre dans deux villages Peuls

Les milices, censées participer à la lutte contre les djihadistes, nourrissent des violences intercommunautaires en augmentation.

Des personnes déplacées qui ont fui les violences, dans le camp construit par l’ONG allemande HELP à Pissila, au Burkina Faso, le 24 janvier 2020.
Des personnes déplacées qui ont fui les violences, dans le camp construit par l’ONG allemande HELP à Pissila, au Burkina Faso, le 24 janvier 2020. Anne Mimault/X06642

Ce ne pourrait être qu’une attaque de plus dans un pays qui ne compte que trop.
Mais le massacre de dimanche dans deux villages du nord du Burkina Faso laisse craindre une dérive du conflit djihadiste vers une guerre communautaire.

Les raids ont commencé dimanche matin dans les villages de Dinguila et de Barga. Les assaillants s’en «sont systématiquement pris aux civils», selon une source locale, massacrant au moins 43 personnes. Six autres ont été gravement blessées, des dizaines de maisons brûlées. Ce ne sont cependant pas les islamistes qui sont à l’origine de cette tuerie mais des milices locales. L’armée a commencé, dimanche, des ratissages à la recherche d’éventuels miliciens, mais en vain. Les soldats qui ont déserté une bonne partie du nord du pays, sous la pression des djihadistes, demeurent présents dans cette région relativement épargnée par les violences islamistes. Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a décrété «un deuil national de 48 heures (…) en mémoire aux victimes» d’un crime, officiellement attribué à des «groupes non authentifiés».

Résultat de recherche d'images pour "image du massacre des villages peuls au burkina faso dimanche 08 mars 2020"

Cet inhabituel deuil national montre que les autorités ont parfaitement saisi l’origine du massacre et sa gravité. Les locaux soutiennent que les auteurs sont des groupes d’autodéfense paysans, les «Koglweogo», qui ont organisé une expédition punitive. «Ils sont venus et ont accusé certains habitants d’être des complices de djihadistes», explique à l’AFP un survivant. «Il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’un crime communautaire. 
Seuls les Peuls ont été visés car il y a un amalgame.
On les accuse de tous soutenir les terroristes alors qu’ils en sont aussi victimes que les autres», détaille Souleymane Diallo, du Collectif contre la stigmatisation. Les jeunes peuls forment l’ossature des groupes djihadistes, notamment l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), même si toutes les ethnies y sont représentées.

«Machine infernale»

Les attaques, qui rappellent celles qui déchirent le centre du Mali, ne surprennent pas vraiment. «Si on ne fait pas attention, la guerre contre le terrorisme va tourner à la guerre communautaire et cela sera très dangereux», explique Souleymane Diallo, regrettant que le gouvernement «ne prenne pas les bonnes mesures».

Une critique à peine voilée de la loi, voulue par le président en janvier, permettant d’armer les «volontaires» des milices d’autodéfense pour contrer les islamistes. Cette décision avait été vivement combattue par les ONG et, plus discrètement, par la communauté internationale. Les «volontaires» sont censés être recrutés au sein des communautés et formés par l’armée. Dans les faits, peu d’entraînements ont été effectués, les Koglweogo se muant simplement en volontaires. «Ils ont pris ça pour un blanc-seing du gouvernement pour intervenir», regrette un observateur.

Résultat de recherche d'images pour "image du massacre des villages peuls au burkina faso dimanche 08 mars 2020"

« Les islamistes ont enclenché volontairement une machine infernale qui conduit à la guerre interne dont ils sauront profiter »

Un observateur

Ces milices présentes dans tout le pays, et dont le chef suprême nie toute intervention dans la lutte antiterroriste, ont déjà été accusées de violences. Leur intervention à Yirgou, en janvier 2019, avait conduit à des rixes communautaires où au moins 46 civils peuls avaient trouvé la mort. Au fils des mois, la défiance s’est installée entre ethnies. «Nos employés peuls refusent aujourd’hui de travailler dans le nord du pays car ils ont peur», explique un employé d’une ONG, qui note aussi que les camps de réfugiés sont séparés entre «les camps peuls et les camps des autres».

Une séparation de fait qui facilite le recrutement de plus en plus de jeunes peuls par les djihadistes, EIGS en tête, le sentiment d’exclusion et la vengeance étant les principaux moteurs de ces mouvements. «Les islamistes ont enclenché volontairement une machine infernale qui conduit à la guerre interne dont ils sauront profiter. Si on n’arrête pas très vite ce cercle vicieux, d’immenses violences sont à craindre», redoute l’observateur.
Par Tanguy Berthemet Publié le 11/03/2020 à 19:59, mis à jour le 11/03/2020 à 19:59

Ce contenu a été publié dans Afrique, Les Mots de Paula, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire