Ousmane Sow





ousmane-sow8Le sculpteur sénégalais Ousmane Sow est mort le 1er décembre au matin à Dakar, à l’âge de 81 ans. Né dans cette ville le 10 octobre 1935, il est le sixième enfant de Moctar Sow, ancien combattant de la première guerre mondiale, devenu transporteur routier, et de Nafi N’Diaye, descendante d’une vieille famille de Saint-Louis-du-Sénégal. Du côté de sa mère, Ousmane Sow avait pour grand-oncle Lat Dior figure célèbre de l’histoire sénégalaise : il a conduit la lutte contre la présence coloniale française, noué des alliances politiques, conduit ses hommes au combat et fut tué lors d’une bataille. Quand, un siècle plus tard, Ousmane Sow fait des guerriers africains l’un de ses principaux motifs, l’histoire de sa famille et celle du Sénégal n’y sont donc pas pour rien.

ousmane-sow5Passé par l’école française et l’école coranique, Ousmane Sow aurait pris conscience de son goût pour la sculpture en s’attaquant à des blocs de calcaire sur les plages dakaroises, essais dont il semble que rien n’ait été conservé. A la mort de son père, en 1956, il part pour Paris. Il y accomplit des études d’infirmier, ensuite une formation de kinésithérapeute, tout en vivant de petits métiers tout en fréquentant des élèves des Beaux-Arts. Quand le Sénégal accède à l’indépendance, le 4 avril 1960, il adopte la nationalité de son pays natal, puis y rentre en 1961 pour y exercer son métier. L’exercice de celui-ci et la formation qui l’a précédé ont, pour l’artiste une importance flagrante : il leur doit une connaissance très sûre de l’anatomie humaine. 

ousmane-sow1De retour en France, il poursuit ces deux activités, son cabinet médical étant susceptible d’être son atelier à chaque moment de liberté. Il fabrique des marionnettes articulées qui interprètent des histoires imaginées par lui et dont il tire un film d’animation. A son retour, définitif, au Sénégal en 1978, il se consacre à son art. Ayant mis au point une technique sur laquelle il est demeuré très avare de précisions, il construit et modèle ses premières grandes figures, la série Nouba, du nom du peuple nuba qui vit au Soudan. Il n’est d’ailleurs pas le premier à s’intéresser à eux et à leurs luttes rituelles : le photographe britannique George Rodger, puis la cinéaste allemande Leni Riefenstahl – surtout connue comme propagandiste du régime nazi – leur ont consacré des reportages devenus célèbres.

ousmane-sow2Leurs images contribuent à la préparation des groupes de lutteurs et de jeunes femmes que Sow crée au début des années 1980 et qui lui valent une reconnaissance rapide et internationale. Montrés à Dakar et à Paris, à Genève et à New York, ils poursuivent leur carrière à la Documenta de Kassel en 1992 et à la Biennale de Venise en 1995. D’un réalisme appuyé, d’une échelle souvent supérieure à la taille humaine, ces nus suggèrent le mouvement avec une justesse où se ressent la science anatomique de l’artiste.

ousmane-sow3Pour autant, il ne craint pas d’aller vers un héroïsme épique, modelant torses, avant-bras et cuisses d’athlètes ressemblant aux Titans que le maniérisme italien aimait à imaginer à la suite de Michel-Ange. Après les Nuba, il s’attache aux Masai, éleveurs et guerriers d’Afrique de l’Est et aux Zoulou, qui réussirent à tenir tête et même à vaincre parfois les colons boers et britanniques dans ce qui est aujourd’hui l’Afrique du Sud. Viennent ensuite, dans les années 1990, les Peuls, qui forment une partie de la population du Sénégal. Sow donne des scènes d’une vie quotidienne d’autrefois dont il ne reste plus que souvenirs et photographies. Les signes du modernisme sont en effet absents de ses œuvres.

ousmane-sow6En 1999, il se saisit d’un sujet à la fois lointain et proche : la bataille de Little Bighorn, au cours de laquelle, en juin 1876, Sioux et Cheyennes anéantissent le 7e régiment de cavalerie du lieutenant-colonel Custer. De cet épisode symbolique de l’invasion des territoires indiens, Sow fait une scène tumultueuse, chevaux, combattants des deux camps, cadavres et prières. Elle est présentée durant l’été 1999 sur la passerelle du pont des Arts à Paris, en compagnie de pièces des séries antérieures. Cette manifestation, qui est réputée avoir été vue par 3 millions de personnes, fait de l’artiste une figure indubitablement populaire et l’est restée depuis lors, comme en attestent le nombre et la rapidité des réactions à l’annonce de son décès.

telechargement-59Il laisse aussi une œuvre discutée. Le 11 décembre 2013, il est le premier artiste noir à entrer à l’Académie des beaux-arts, au fauteuil du peintre américain Andrew Wyeth. On peut se réjouir de cette reconnaissance officielle. On ne peut que regretter qu’elle enferme Sow dans une tradition de la sculpture réaliste occidentale la plus classique – dont les artistes africains des générations suivantes se sont dégagés vivement – et qu’elle ait fait de lui, à son insu sans doute, le champion des ennemis les plus acharnés de l’art actuel. Son œuvre vaut mieux que cet usage abusif.

ousmane-sow3Le succès de 1999 permet à Sow d’expérimenter le bronze, avec pour création, le lutteur herculéen, la mère et l’enfant, la danseuse nue. Les rejoignent en 2002 un Victor Hugo et les héros de sa série Merci, dont Nelson Mandela et Charles de Gaulle.

ousmane-sow7En 2015, un hommage à Toussaint Louverture est installé à La Rochelle. Une première version, Toussaint Louverture et la vieille esclave, a été acquise en 2014 par le Museum of African Art de Washington. On retrouve dans toutes ces pièces la monumentalité, la volonté d’être à la fois symbolique et explicite et, surtout, la célébration de la lutte pour la liberté et l’indépendance des peuples noirs. Cet artiste merveilleux restera à jamais graver dans le mémoires du peuple sénégalais et de toutes les personnes qui appréciaient ses oeuvres ! Paula



A propos Paola

Mon pseudo "Kaki Sainte Anne" Ecrivaine, mais je suis Béatrice Vasseur et je signe tous mes articles ici sous le nom de "Paola" mon second prénom
Ce contenu a été publié dans Afrique, Les Mots de Paula, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire