Algérie – Les femmes dans la rue





Tous les jours depuis l’officialisation de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, Alger-centre est occupé par le mouvement étudiant. D’après un universitaire, le mouvement du 01 mars à Alger était le plus fort depuis l’indépendance ! Il n’était pas le fait d’un simple effet de l’exaltation du moment. Les filles y sont presque aussi nombreuses que les garçons.
Les campus algériens sont désormais à majorité féminine et en 2017 et 2018, elles ont obtenu un taux de réussite de 65 % au baccalauréat aussi ce n’est pas une surprise de voir autant d’étudiantes manifester.

Pour Zineb, 22 ans, étudiante en science politique à Ben Aknoun sur les hauteurs de la capitale, la réaction contre l’humiliation infligée aux Algériens était une affaire de temps : ” Jai fait un mémoire de licence sur le printemps arabe. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de raisons que nous soyons gouvernés en Algérie par un président vieux et malade, entouré de voyous et de corrompus. Et ce n’est que ces derniers temps qu’autour de moi, mes amis se sont mis à penser comme moi “.

Fadéla, une retraité du service public de 58 ans déclare : “Il n’existe pas vraiment un itinéraire spécifiquement féminin vers la révolte citoyenne des femmes  Abdelaziz Bouteflika a toujours tenté de se présenter comme un moderniste raisonné, favorable à l’émancipation des femmes ” ! Et elle continue en disant : ” Il a notamment instauré un quota de 30 % de femmes dans les listes électorales et a adouci le tutorat des hommes, dans la loi sur le statut personnel, mais cela n’a pas joué lorsqu’il s’est agi du sort politique de l’Algérie “.

Que ce soit de la plus jeune à plus âgée, une connexion générationnelle a opéré dans les familles. De très nombreuses mères ont marché aux côtés de leurs filles dans Alger, vendredi 1er mars. Certaines pensent que c’est la réussite de la marche du 22 février qui les on décidé à rentrer dans le mouvement. Les plus jeunes protégeant les plus anciennes en veillant à éviter l’affrontement avec les policiers.

Les tentatives des années précédentes de manifester contre le pouvoir politique étaient, comme en 2011, au moment du printemps arabe, ou en 2014 contre le quatrième mandat, toujours durement réprimées par la police. ” Le mur de la peur est tombé “, titraient les médias indépendants au lendemain de la première grande marche populaire, vendredi 22 février, attirant encore plus de femmes le vendredi suivant.

Le sursaut citoyen algérien s’est beaucoup nourri de la participation des femmes aux manifestations. Leur présence apaise le mouvement qui d’emblée s’est voulu pacifique, désarçonnant les forces de sécurité. C’est le contraire de l’insurrection d’octobre 2018 qui a changé le cours politique de l’Algérie. Il est à noter que la résistance citoyenne contre la présidence à vie de Bouteflika a des précurseurs féminins ! Amira Bouraoui, médecin, était à la tête du mouvement Barakat il y a cinq ans, et Zoubida Assoul, avocate et cheffe de parti politique, a incarné le mouvement Mouwatana contre le cinquième mandat et pour la citoyenneté.

Elles ont beaucoup interpellé les Algériennes ces dernières années et continuent de  tirer dans leur sillage un vaste mouvement de conquête de l’espace public souvent fermé aux femmes en Algérie. Selon elles, cette conquête est liée à la citoyenneté, explique Nabila Aghrir. Vendredi 8 mars, les Algériennes célébreront la journée internationale de la femme ” dans la joie de la victoire que personne ne peut enlever au peuple quand il s’éveille “, ajoute Nabila.
Mais que ce soit en Afrique, en Europe ou ailleurs, les femmes ont leur place dans la société et à l’avenir, il va falloir compter avec elles. Paola !





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