Afrique du Sud – Fondation de la ville du Cap (suite)

Bonjour à toutes & tous, je vais en ce début de semaine continuer l’histoire de la fondation de la ville du Cap en Afrique du Sud.

Pendant ce temps, la colonie avait continué de prospérer alors que le Royaume-Uni avait inauguré une nouvelle politique active d’immigration vers l’Afrique du Sud. Dès la fin des années 1830, une législation sur l’instruction publique est adoptée ainsi qu’une législation en matière de voirie publique. L’industrie viticole se développe et se modernise ainsi que l’élevage. En 1846, la laine est le premier produit d’exportation de la colonie.
En 1848, le colonial office décide de faire du Cap une colonie pénitentiaire pour les Irlandais reconnus coupables de crimes et délits. À la suite de la réaction violente des colons, alors que le premier navire pénitentiaire approchait des côtes sud-africaines, le gouverneur Harry Smith décida, pour préserver la paix civile, d’interdire d’accostage les prisonniers lors de leur arrivée à Simon’sBay le 19 septembre 1849. Au bout de cinq mois de blocage, le Colonial Office décida alors de dérouter le navire vers la Tasmanie. En refusant d’être une colonie pénitentiaire, l’Afrique du Sud se privait alors de toute une nouvelle catégorie de population qui allait participer au développement des communautés européennes d’Australie et de Tasmanie. Les administrés de la Colonie du Cap profitèrent néanmoins de cet épisode pour réclamer de nouveaux droits, notamment celui de s’autogérer.

En 1852/1854, les frontières sont fixées avec les républiques du Transvaal et de l’Orange. La Colonie du Cap a désormais des états voisins gouvernés par des descendants d’européens. Le 11 mars 1854, la Colonie du Cap est désormais elle-même dotée d’une constitution avec un parlement élu, légiférant sur les affaires intérieures.
Celle-ci prévoit l’établissement de deux assemblées dont les membres sont élus au suffrage censitaire. Le minimum de propriété pour voter à la chambre basse est ainsi très faible (25 livres) permettant à 80 % de la population masculine d’exercer son droit de vote. La sélection des électeurs de la chambre haute est plus rigoureuse et nécessite de posséder déjà une certaine fortune (de 2 000 à 4 000 livres). L’égalité des races, reconnues depuis 1828, est réaffirmée. Ainsi, un grand nombre de métis (55 % de la population du Cap) et de noirs bénéficient de la franchise électorale et se retrouvent électeurs de plein droit à la chambre basse. En outre aucune restriction quant à  l’illettrisme n’est prévue.

C’est aussi en 1854 que Sir George Grey est nommé gouverneur de la Colonie du Cap pour laquelle il décide de donner une nouvelle orientation politique plus ambitieuse. Jusque là, aucun gouverneur n’avait démontré de réelle ambition régionale pour la colonie. Celle-ci ne s’était d’ailleurs agrandie que du fait de la migration des colons ou pour préserver la paix civile. Le fleuve Orange était une frontière politique, diplomatique et économique que les différents gouverneurs successifs avaient refusé de franchir jusqu’à l’établissement des Républiques boers. En 1858, le gouverneur Grey proposa l’établissement d’une confédération  sud-africaine englobant toute l’Afrique du Sud, y compris les Républiques boers et les territoires indigènes. Sa proposition ambitieuse fut immédiatement rejetée par Londres. Sir George Grey entreprend alors de développer les infrastructures routières. Avec le soutien des missionnaires comme Robert Moffat et des explorateurs comme David Livingstone, il ouvre une route vers le Botswana, au-delà du fleuve Orange et du désert du Karoo. Il entreprend aussi de débuter l’intégration à des Xhosas, rendus dociles après la famine de 1857, en leur octroyant un début d’instruction publique non obligatoire de type britannique.

Quand il quitte Le Cap en 1861, George Grey laisse une colonie plus prospère. Sa politique de grands travaux publics incluant des barrages a permis à la colonie de se moderniser. Des mines de cuivre commencent à être exploitées dans le petit Namaqualand, l’industrie de la laine est bénéficiaire et le Natal est devenue une colonie de la Couronne. Les chemins de fer  commencent à se développer avec le lancement de la première ligne Le Cap-Wellington. En 1869, l’élevage d’autruches devient une nouvelle activité prospère de la colonie et participe au développement économique de la région d’Oudtshoorn.
Par comparaison, dans les années 1860, l’économie des républiques boers est autarcique et primitive alors que l’administration et les infrastructures sont quasi inexistantes, notamment au Transvaal.

En 1865,  la Colonie du Cap compte 180 000 habitants d’origine européenne alors que toute l’Afrique du Sud compte aux alentours de 250 000 Blancs. Elle compte aussi 200 000 métis et Hottentots ainsi que 100 000 Bantous, établis principalement dans la région orientale de la colonie. L’immigration européenne reste inférieure aux prévisions. Ainsi entre 1820 et 1860 la moyenne des immigrants ne dépasse pas 750 personnes par an bien que la population blanche sud-africaine ait doublé entre 1820 et 1835. L’accroissement démographique est donc essentiellement dû à la natalité. Le peuplement européen de l’Afrique du Sud n’a jamais été prioritaire que ce soit sous l’administration néerlandaise ou britannique bien que ces derniers aient réactivé une politique d’immigration active pour faire du territoire sud-africain une colonie de peuplement. Mais pour des raisons stratégiques, le gouvernement britannique et le Colonial Office s’attachaient prioritairement au peuplement du Canada et de l’Australie. Ainsi, il ne fut pas étonnant que les navires affectés à la desserte de la Colonie du Cap étaient en nombre plus restreint et que parfois, ceux-ci étaient réaffectés pour desservir d’autres destinations.
En 1868, les Basothos en guerre contre les Boers de l’État libre d’Orange requièrent l’aide des Britanniques et le territoire se voit alors mis sous protectorat. En 1871, à la suite de la découverte de diamants dans la région de Kimberley, le Griqualand Ouest est annexé.

À partir de 1875, les territoires indigènes, en amont de la rivière Kei et en aval de Port Edward dans la colonie britannique du Natal, sont progressivement annexés à la Colonie du Cap sans que ces territoires soient pour autant tous ouverts à la colonisation. Le Fingoland est annexé dès 1875 puis le Groqualand-est en 1879. C’est ensuite le tour du Gealekaland et du Bomyanaland en 1885, du Thembuland en 1886 et du Pondoland en 1894. Réorganisés en districts et administrés à l’aide de conseils indigènes (Native Council), ces territoires sont progressivement unifiés au sein d’un conseil général du Transkei. Ce fut ensuite la politique expansionniste.

À partir de 1867, l’Afrique du Sud commence à connaître une ruée vers le diamant. Jusque-là perçu en Europe comme une contrée pauvre et dangereuse, le sous-sol de la région révèle ses potentielles richesses. Les colons britanniques sont les premiers à bénéficier de l’émergence de l’industrie diamantaire mais ce sont de tous les pays d’Europe et même dAmérique qu’affluent des milliers d’aventuriers et de prospecteurs en quête de diamants. Parmi ces aventuriers figure un jeune britannique venu en Afrique du Sud pour des raisons de santé et qui fait fortune sur les champs de Kimberley : Cecil Rhodes
Dans les années 1870, le plan de confédération sud-africaine de Sir George Grey est réétudié par le duc de Carnavon, le secrétaire aux colonies, après la réussite de son plan d’action en faveur d’une fédération canadienne. C’est à cette fin qu’en 1872, le gouvernement représentatif du Cap est remplacé par un gouvernement responsable devant le parlement de la Colonie. Le gouverneur a un statut de chef d’État constitutionnel dont les pouvoirs sont limités concernant les affaires intérieures de la colonie mais il est aussi le haut-commissaire d’Afrique du Sud et à ce titre, responsable des relations de la Grande-Bretagne avec les états et peuple de la région.

En 1875,  Carnavon entreprend de faire vendre un projet de fédération aux Sud-Africains relevant de la souveraineté britannique. Il propose même de scinder la colonie du Cap en deux états fédérés dont ses propositions sont toutes rejetées lors de la conférence organisée à Londres en août 1876.
En , le Transvaal au bord de la banqueroute est annexé par la Grande-Bretagne. Carnavon demanda alors à Sir Henry Barthe Frere,  le nouveau gouverneur de la Colonie du Cap et haut-commissaire à l’Afrique du Sud, de réaliser la confédération sud-africaine.
Aussitôt arrivé au Cap, peu avant le 12 avril 1877, Bartle Frere doit faire cependant faire face à des troubles dans le Zoulouland, au Natal mais aussi à la frontière des territoires xhosas encore indépendants. La révolte des tribus Galekas et Gaikas débouche sur une neuvième guerre cafre inattendue et l’annexion in fine du Gealekaland à la Colonie du Cap. Accaparé par ces guerres, Bartle Frere ne peut présenter le projet de confédération lequel est abandonné après la démission de Lord Carnarvon de ses fonctions.
Mais l’abandon du projet de confédération, lequel était bien perçu parmi différentes tribus xhosas ou sothos, débouche sur de nouvelles révoltes et soulèvement, notamment au Basutholand. En fin de compte, celui-ci devient une colonie à part entière de la couronne britannique en 1882 et en 1884, la Colonie du Cap est relevée de l’administration des territoires transkeiens.

Maintenant parlons de l’Afrikaner Bond et de Cecil Rhodes
En photo, l’Hôtel de ville du Cap en 1878 

En 1881, à la suite de la Première Guerre des Boers, le Transvaal retrouve son autonomie au prix d’un soulèvement général concomitant à la montée au Cap d’un nationalisme  des locuteurs de langue Afrikans, les Afrikaners. En 1875, un groupe d’enseignants et de pasteurs avaient formé un mouvement de revendication culturel, l’« Association des vrais Afrikaners » dont l’objectif était de défendre et d’imposer l’afrikaans au côté de l’anglais comme langue officielle de la colonie. En 1876, une revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot, était éditée. En 1881, les Afrikaners du Cap se réunissent à Graaff-Reinet où ils fondent l’union afrikaner (Afrikaner Bond) partisane de l’inclusion des Républiques boers et de la Colonie du Cap. Le parti s’implante également au Transvaal et dans le gouvernement de Paul Kruger. D’abord unitaire, le Bond finit cependant par se fragmenter entre plusieurs courants politiques. Certains sont loyalistes et patriotes envers la Couronne, d’autres promeuvent l’insubordination et la résistance. La ligue du Cap se dissocie notamment des ligues de tendances républicaines.

L’Afrique du Sud en 1885

Reposant sur un néo-calvinisme rigoureux inspiré des théories d’Abraham Kuyper, le projet global de l’Afrikaner Bond est d’établir une nationalité sud-africaine pour un pays souverain, dirigé par les Afrikaners. Le pays défendrait ses propres intérêts et non ceux de la métropole européenne, que ce soit dans les domaines politiques, économiques et commerciaux. Le Royaume-Uni demeurerait un partenaire privilégié.
En 1882,  le parlement du Cap autorise l’utilisation du néerlandais lors de sessions parlementaires. Ce retour du néerlandais sur la place publique qui était au début une mesure libérale d’ouverture politique a pour effet de stimuler le Bond. L’obligation de bien savoir parler anglais pour être élu député est peu après supprimé pour un certain nombre de sièges ce qui permet l’élection d’Afrikaners de l’arrière-pays au parlement.
Le développement de l’Afrikander Bond dans la Colonie du Cap profite alors de ces mesures libérales. Le Bond est alors dirigé par le charismatique Jan Hofmeyr, député de Stellenbosch. Défenseur au sein de la colonie de la politique expansionniste du président du Transvaal, Paul Kruger, Hofmeyr finit par incarner le Bond bien qu’il s’éloigne de la ligne néo-calviniste originelle et du nationalisme mystique du début. Adoptant une ligne pragmatique, Hofmeyr défend un nationalisme sud-africain regroupant Afrikaners et Britanniques. S’ils pensent que les indigènes sont politiquement et socialement inférieurs aux Blancs, il défend cependant le droit de vote en faveur des élites noires.

En 1883, le député de Barkly West et homme d’affaires ambitieux, Cecil Rhodes, se rapproche de Hofmeyr et lui demande de réfléchir sur un projet d’État souverain nommé « États-Unis d’Afrique du Sud ». Rhodes est un impérialiste britannique et un homme politique avisé. Il sait que sa carrière politique peut évoluer plus ou moins favorablement en fonction de ses rapports avec les Afrikaners du Cap. C’est pourquoi il a fermement défendu l’utilisation du néerlandais au sein du parlement et en 1884, il se retrouve pendant six mois trésorier-général dans le gouvernement de Sir Thomas Scanlen. En effet, à cette date, l’influence du Bond au parlement parvient à renverser le gouvernement de Sir Scanlen. Hofmeyr est pressenti pour lui succéder mais il refuse et préfère soutenir un avocat irlandais, Thomas Upington. Le refus de Hofmeyr est perçu par les loyalistes anglais comme une violation du régime parlementaire puisque le principal chef de parti au parlement préfère ne pas assumer ses responsabilités, nommer un homme de paille à sa place et orienter ainsi en sous-main la politique du gouvernement. Dans les faits, de 1881 à 1898, le Bond est tout-puissant. Hofmeyr détermine les votes des députés néerlandais (afrikaners) du parlement du Cap tout comme il amorce la politique du Bond et influence celle du gouvernement, même après sa démission du parlement du Cap en 1895.

Voilà chers(es) amis(es) ce sera tout pour aujourd’hui, je partagerais avec vous demain le dernier volet de cette série, mais pour aujourd’hui je vous souhaite à vous et aux vôtres un excellent début de semaine et un bon lundi de Pâques.
Profitez des vôtres, car on ne sait de quoi demain sera fait.
Les images posées sur cet article ne sont pas ma propriété ni celles du site.
Paola

A propos Paola

Mon pseudo "Kaki Sainte Anne" Ecrivaine, mais je suis Béatrice Vasseur et je signe tous mes articles ici sous le nom de "Paola"
Ce contenu a été publié dans Afrique, Les Mots de Paula, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire